PARTIR EN CROISIÈRE AVEC LE NAUFRAGEUR

PARTIR EN CROISIÈRE AVEC LE NAUFRAGEUR


[Article 9/10 de la série de la Route des bières de l’Est. Article précédent ici !]

Ce sont trois heures de route qui séparent Percé de notre prochaine destination. La microbrasserie du Naufrageur est située à Carleton-sur-Mer, un beau village qui dormait encore à notre arrivée. Il faut dire que la péninsule gaspésienne est bien tranquille au début du printemps : les rues sont vides des centaines de milliers de touristes qui font vibrer la région à chaque été, mais cela nous permet de pouvoir mieux apprécier la quiétude des beaux paysages naturels ; une vue qui se fait bien plus rare lorsqu’on se rapproche de Montréal. Carleton est l’une de ses villes qui a l’air d’être sortie d’un conte pour enfant. Plein de petits commerces accueillants sont érigés le long de la rue principale ; une brûlerie, des boutiques d’artisanats, une boulangerie… et bien sûr, une microbrasserie.

C’était l’avant-dernier arrêt de notre voyage, mais non le moindre ! Il faut dire qu’on avait bien hâte de revoir Louis-Franck Valade, copropriétaire de la microbrasserie, puisqu’il nous avait déjà visité par le passé dans les studios de CISM pour jaser le temps d’une émission de radio. On doit avouer qu’on est tous tombé un peu en amour avec lui lors de notre première rencontre, alors nos petits cœurs battaient vite et nos sourires étaient bien grands lorsque ce fut à son tour de nous accueillir chez lui, au Naufrageur.

L’aventure débute officiellement en 2008, alors que les microbrasseries commencent à gagner du terrain dans la culture brassicole des québécois. Par contre, Louis-Franck et son frère, Sébastien, rêvaient d’ouvrir leur brasserie depuis plusieurs années déjà. Faute d’expérience et de financement, c’est sous forme de boulangerie que le projet prend initialement forme en 1997, sous le nom de La Mie Véritable. Cette boulangerie est toujours en activité dans la bâtisse adjacente à la microbrasserie. On ne doit donc pas manquer l’occasion d’aller essayer leur baguette dont l’eau a totalement été remplacée par de la bière, ou un de leurs pains ayant tout récemment été certifiés 100% bio (tout comme la gamme classique des bières du Naufrageur, en passant) ! La boulangerie a également été clamée cette année comme étant l’une des six meilleures boulangeries au Québec selon le prestigieux guide gastronomique Gault et Millau, donc c’est pas juste parce qu’on trouve que Louis-Franck est smatt qu’on veut également vous convaincre d’acheter son pain. #glutentoute

On vient de s’asseoir et la soif se fait sentir. On se prépare donc à commander une de leur fameuse palette de dégustation, présentée sous la forme d’une rose des vents, mais Louis-Franck nous interrompt dans notre élan pour nous raconter une histoire.

Parmi les bières phares de la brasserie, la Corte-Réal est l’une de celle qui a le plus marqué les premiers amateurs de houblon d’ici. Bière qui a lancé le mouvement des American Pale Ales au Québec, elle évoque un équilibre parfait entre le côté anglais malté et les saveurs florales et citronnées du houblon Centennial. Par contre, lors de la création de leurs bières, l’équipe du Naufrageur travaille beaucoup en y allant au feeling. Certains diront qu’il ne faut pas changer une formule gagnante, mais devant la tendance aux bières non-filtrées qui prend d’assaut le monde brassicole depuis quelques mois, ils ont décidé de faire les fous : et si on ne filtrait plus la Corte-Réal ?

C’est suite à cette phrase qu’un pichet vient se poser sur notre table. Un jus trouble, orangé, aux allures presque pulpeuses ; on avait l’honneur de goûter à la toute première batch de Corte-Réal non-filtrée, un délice si houblonné qu’on aurait presque cru boire une IPA. Elle remplacera sous peu la version originale en bouteille, une bonne chose puisqu’elle sera délicieuse dans un parc sous le soleil cet été.

 

Les coups de cœur s’enchaînent au fil de la soirée : on découvre entre autres une sublime double blanche à la tanaisie, une plante sauvage de la Gaspésie. De douces arômes de camomille et d’épices, qui rappellent beaucoup les levures belges, se mêlent au sucre résiduel final provenant du sirop d’érable. Cette bière est disponible en bouteille, tout comme leur IPA au thé du Labrador et leur DIPA au myrique baumier. Ensemble, elles forment la série d’Ales Amérindiennes, inspirée de l’héritage botanique de la région.

La miche au fromage et les pizzas cuites sur place nous permettent de survivre jusqu’aux petites heures du matin alors qu’on se laisse également surprendre par la Brigantin, une rousse au piment, et qu’on redécouvre de beaux classiques, comme la St-Barnabé, un stout qui s’est déjà retrouvé #1 dans les classements de Ratebeer.

Si l’humeur est aux festivités lorsqu’on est dans le bar, il n’en est pas moins lorsqu’on se retrouve du côté de la brasserie. Le lendemain matin, c’est Philippe Gauthier, également copropriétaire et gérant de la production, qui nous fait visiter l’espace où s’opère la magie. Premier constat : l’art ne se produit pas qu’à l’intérieur des cuves ! Félix, aide-brasseur, s’amuse souvent à dessiner sur les affichettes des noms des bières ; l’espace ordinairement très monochrome est donc décoré de personnages colorés. C’est cute au boutte !

Le chai du Naufrageur est d’autant plus impressionnant. La petite pièce renfermant les trésors sent le chêne à plein nez ; il y a des bières qui maturent dans des barils de cognac, de sauternes, de rhum, de pinot noir, ainsi qu’un vin d’avoine… Mais ce sont surtout les deux grands barils à l’entrée qui nous impressionnent. Ils sont tellement grands qu’on aurait pu s’y baigner comme dans un spa !

Philippe en profite pour nous expliquer une philosophie bien intéressante quant au futur de la brasserie. Présentement, la boulangerie La Mie Véritable travaille encore avec le même levain qu’il y a 20 ans, depuis son ouverture. Pour rester en vie, un levain n’a besoin que d’être nourri quotidiennement de sucre et d’amour. Tout comme le pain, la bière a besoin de levure dans son équation. Et si on cultivait une levure, et que comme avec le pain, on la gardait en vie afin de créer des bières à partir de la même souche durant plusieurs années ?

On a hâte de connaître la suite de l’histoire, parce qu’il est certain que même après huit ans à naviguer dans le merveilleux monde de la bière, le Naufrageur ne jettera certainement pas son ancre de sitôt !

Le Naufrageur
586, Boul. Perron, Carleton-sur-mer

C.P. : Audrey Rose

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