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SE FAIT-IL DU BON VIN AUX ÉTATS-UNIS? DEMANDEZ ÇA À CHARLES SMITH !

SE FAIT-IL DU BON VIN AUX ÉTATS-UNIS? DEMANDEZ ÇA À CHARLES SMITH !


« You probably already know about my most popular wine, the Kung Fu Girl Riesling? Yeah, I sold that sh*t, got rid of it. »

Ce sont sur ces mots déstabilisants d’honnêtetés que Charles Smith entame sa présentation. Ce vigneron, auparavant gérant de groupes rock, n’a pas besoin de mâcher ses mots pour nous donner envie de boire ses paroles… et son vin.

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Lorsqu’on parle des vins provenant des États-Unis, on pense automatiquement aux vins de la Californie. C’est normal, puisque l’état produit 90% des vins du pays. C’est donc une association d’idées logique.

Saviez-vous que si on plantait les mêmes raisins en Californie qu’en France, les vins qui en découlent seraient plus concentrés sur les saveurs de fruits ? En comparaison, les saveurs des vins de France sont habituellement plus axées sur les arômes uniques du terroir dans lequel ses raisins grandissent. C’est une question de minéraux, de température, et de plein d’autres choses qu’on abordera probablement dans un article futur. Alors que le vin français se bonifie avec le temps, le vin californien tend à être meilleur lorsqu’il est savouré jeune.  

En France, on reste également plus traditionnel dans les méthodes de vinification ; on ne cherche pas à changer le monde, seulement à perpétuer son héritage. De l’autre côté, la Californie est reconnue comme un véritable écosystème de révolutions technologiques. Il n’y a donc rien de surprenant lorsqu’on entend que ses vignerons n’hésitent pas à tester de nouvelles méthodes et à utiliser des techniques modernes afin de faire leurs vins.

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Publié à l’origine par saskdraws

C’est peut-être ce détachement des traditions qui explique pourquoi il persiste un malaise lorsqu’on parle des vins des États-Unis. L’avez-vous remarqué, vous aussi ? Dernièrement, lors d’un voyage en Caroline du Nord, il était impensable pour mes compagnons de choisir des vins américains pour accompagner notre souper ; on était prêt à payer plus cher pour des vins d’un autre continent dans l’intention d’éviter un désastre gustatif. Dans les réunions de famille, je vois les sourcils se lever lorsque quelqu’un mentionne qu’il a choisi un vin américain pour accompagner les charcuteries du souper.  Pourtant, suite à plusieurs recherches sur Internet, je n’ai rien trouvé en cherchant les mots « mauvaise réputation » et « vins californiens ». On parle donc d’une croyance populaire, mais pas assez populaire pour se rendre jusqu’aux Internets. 

Donc, pour reprendre la première phrase de cette introduction : lorsqu’on parle des vins provenant des États-Unis, on pense automatiquement aux vins de la Californie. Cependant, saviez-vous qu’on produit du vin dans tous les états des États-Unis, y compris l’Alaska et Hawaï ? No shame, je ne le savais pas moi non plus.

C’est pourquoi l’invitation de l’agence Divin Paradis à participer à une dégustation de vins provenant de Washington a grandement piqué ma curiosité.

Semblerait-il que Washington (l’état et non la ville) se retrouve sur le même parallèle que la région de Bourgogne en France, qui produit des vins très fins et élégants. Puisque la latitude influe sur les heures d’ensoleillement et la température moyenne, Washington profite donc des mêmes conditions idéales que la Bourgogne. On devine donc que cet état doit produire du vin de qualité ! Mais ces conditions ne valent rien sans la passion… et le talent.

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Washington est le deuxième état le plus prolifique viticolement parlant aux États-unis, et Charles Smith est la rock star de ces acres. Ce maître nous parle de ses vins comme il devait parler des groupes de musique qu’il gérait dans son jeune temps : avec passion et authenticité.

L’authenticité. C’est une tendance qu’on remarque tout de suite dans les réflexions de ce personnage à la broussailleuse chevelure blanche. Une authenticité ébranlante de simplicité.

Au moment de produire ses premiers vins, Charles ne s’est pas demandé ce qu’il avait envie de produire. Il a plutôt réfléchi à ce que les gens auraient envie de boire. La réponse ? Un vin complexe, mais dont la balance lui procure une buvabilité inégalée ; un vin prêt à boire maintenant. Qui s’est déjà acheté une bouteille en se disant « Hey, ça va être bon quand je vais avoir envie de boire du vin dans 15 ans. » ? Je ne suis pas devin, et je ne peux pas prédire de quoi aura l’air ma soif demain. Si tu es capable, dis-moi ton secret, sorcière.

« Wine should be complex but you should enjoy drinking it », qu’il nous a dit le Charley.

Ensuite, lorsque vint le temps de commercialiser ses produits, Smith a choisi d’y aller avec des noms tape-à-l’œil et des étiquettes audacieuses, se démarquant des innombrables bouteilles abordant des châteaux. Pour vendre une bouteille, les gens doivent être capables de la reconnaître sur les tablettes !

Mais vraiment, lorsqu’un vin est bon, c’est de son goût dont on se rappelle, pas nécessairement de l’étiquette. Et ça aussi, Smith l’a compris.

Étant un peu plus au nord que la Californie, les températures sont légèrement plus froides à Washington, ce qui fait en sorte que les raisins qui y poussent sont moins fruités. Afin d’apprendre à mieux les connaître, Smith a débuté ses expérimentations en ne pressant qu’une seule sorte de raisin pour chacun de ses vins. Il a trouvé ça tellement bon qu’il a finalement décidé de faire principalement des vins issus de vignobles uniques et fermentés à partir de levures indigènes. Et ce, toujours à l’aide de pratiques durables et modernes, dans le plus grand respect de ses vignes.

« I want to do wine expressions that are complete from one spot simply because nothing else is going to mimic it. If it has all the attributes to make a really great wine, why blend it with anything else?»

Source : Charlesmithwines.com

En 2016, coup de théâtre : Charles Smith accepte une offre de 120M $ et vend les cinq vins constituant sa gamme de base (dont le fameux Kung Fu Girl Riesling) à Constellation Brands, un grand distributeur et producteur de boissons alcoolisées. La raison derrière ce choix est bien plus que monétaire. Il savait qu’il avait déjà tout donné ce qu’il avait à donner à cette gamme de produits et qu’il n’avait pas les ressources nécessaires pour les rendre encore plus accessibles au grand public. En les vendant à une équipe qui a pu prendre la relève, il a fait de l’argent qu’il a ensuite réinvesti dans (et oui) encore plus de nouveaux vins. C’est qu’il ne chôme pas, M. Smith !

C’était, je l’avoue, la première dégustation de vin à laquelle j’assistais. Du moins, depuis mes cours de commercialisation de vin à l’ITHQ, où le prof nous sneakait des bouteilles en cachette pour qu’on puisse goûter des affaires en apprenant les différents cépages et régions viticoles d’Europe. Mais ça, je crois que ça ne comptait pas vraiment.

Les vins de Smith sont fidèles aux descriptions qu’il nous livre : complexes dans toute leur balance.  En commençant par les vins de sa gamme ViNO (pouvez-vous croire que personne n’a shotgun ce nom-là avant 2010 ?), nos papilles se réveillent sur des notes de pomme-poires et de melon miel avec le Pinot Grigio. Puis, les fruits noirs se mélangent avec les mûres dans le Vino Rosso, ce souple mélange à 70 % Cabernet Sauvignon et 30% Sangiovese. Deux vins qui ne te feront pas honte sur la table à ton prochain souper de famille, et qui risque de provoquer de la part de ta tante une blague du genre « HEIN T’AS APPORTÉ DU VIIIIIIINO ! ».

Puis, les choses deviennent encore plus intéressantes. Parmi les vins dégustés, je me rappelle avoir beaucoup aimé le 2015 Substance Cabernet Sauvignon, une soyeuse cascade d’arômes de cassis, de prunes et d’herbes grasses qui s’étirent lors de la finale. Cependant, mon coup de cœur va sans hésiter au Uncovered Chardonnay Sixto 2014. Habituellement, je préfère de loin le vin rouge au vin blanc, mais celui-ci fut définitivement l’exception qui fait la règle. Dès les premiers effluves qui viennent nous frôler les narines, on comprend qu’on a à faire avec l’enfant spécial de la famille. Les raisins ainsi que les levures naturelles qui composent ce vin proviennent de vignes qui ont été « ressuscitées » après plusieurs années d’inactivités. Certaines d’entre elles dataient même des années 1973 ! Le résultat donne un nectar unique, à l’acidité très minérale avec un goût prédominant de levures épicées. Mon premier réflexe fut d’associer ce Chardonnay à… une bière aux levures sauvages ! Comme quoi toute est dans toute, comme on dit.

S’il y a trois choses qu’il faut retenir de tout ça (c’est aussi une sorte de TLDR si jamais tu viens de scroller jusqu’en bas), c’est que :

1. Il ne faut pas avoir peur d’essayer des vins qui proviennent d’ailleurs que les régions auxquelles on a l’habitude ;
2. La bière et le vin, c’est pas toujours aussi loin l’un de l’autre qu’on le pense ;
3. Charles Smith a dit beaucoup d’affaires. Mais s’il y a bien une de ses phrases dont il faut se rappeler, c’est le wake up call qui l’a convaincu à commencer à faire son propre vin, au tout début : « If other people can do it, then so can I ».

Un grand merci à Divin Paradis pour l’invitation et la belle découverte !

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